Mon grand-père, le survivant

J’ai grandi avec les histoires de la Shoah que mon grand-père me racontait. Alors qu’il avait tout juste 10 ans, les Nazis l’ont déporté lui et sa famille à Auschwitz. Il a survécu à sept camps de concentration, aux chambres à gaz, à la marche de la mort et à deux convocations chez le Dr. Joseph Mengele, appelé “l’ange de la mort”. Il a survécu à toutes les épreuves.

Lorsqu’il nous rendait visite, mes frères, mes soeurs et moi le suppliions, “S’il te plaît, Zeide, dis-nous ce qu’il s’est passé ! Raconte-nous ce que c’était d’être un enfant à Auschwitz.” Nous lui demandions de retrousser ses manches pour voir les numéros tatoués sur sa peau : B-14316. “C’est un badge d’honneur”, disait-il en remontant ses manches.

Mon grand-père montrant fièrement le numéro que lui ont attribué par les Nazis

Mon grand-père montrant fièrement le numéro que lui ont attribué par les Nazis

Ses histoires se sont ossifiées en moi. Il nous racontait les fois où il a rencontré le Dr. Mengele, le médecin allemand sadique qui faisait toutes sortes d’expériences sur les enfants. Un jour, mon grand-père est tombé malade et a été transféré à l’infirmerie du camp. Il a entendu le Dr. Mengele lorsqu’il s’est allongé sur les couchettes en bois. “Je vais essayer de localiser un nerf sur son dos,” disait le Dr. Mengele. “Si je réussis, il mourra instantanément. Si j’échoue, il sera paralysé à vie”.

Mon grand-père, faible et fièvreux, à peine capable de bouger, a trouvé en lui la force de répliquer. Il a sauté de la couchette, a regardé le Dr. Mengele dans les yeux et lui a crié “les expériences sur les singes, pas sur les gens”. C’était là un exemple de pur chutzpah – la capacité de résister et de se protéger face à un mal d’une brutalité et d’une cruauté innomables. Cette capacité à rester fort lui a permis de dire à ceux qui voulaient le tuer qu’il était indestructible.

Des enfants servant de cobayes pour les expériences du Dr. Mengele à Auschwitz. Ces enfants ont été libérés par l’Armée Rouge en 1945.

Des enfants servant de cobayes pour les expériences du Dr. Mengele à Auschwitz. Ces enfants ont été libérés par l’Armée Rouge en 1945.

La survie de mon grand-père est une suite de miracles. C’est une histoire d’Emouna, de courage et le triomphe de la détermination et de l’espoir face au mal le plus absolu que le monde ait connu. Son histoire est restée gravée en moi depuis mon enfance. J’ai fait mien son message de courage, son envie de survivre et sa force qui lui a permis de regarder le diable dans les yeux.

Lorsque j’ai commencé mon entraînement de base au sein de Tsahal, ma chef de section nous a rassemblé dans l’auditorium pour nous raconter son expérience lorsqu’elle a visité les camps de concentration en portant l’uniforme de Tsahal. Elle nous a montré des vidéos dans lesquelles elle et ses camarades officiers se tenaient devant un mémorial des camps de la mort en chantant “l’Hatikvah”, l’hymne national d’Israël. Elle nous a raconté à quel point elle et ses autres camarades étaient fiers de se tenir à l’endroit même où, pendant la Shoah, les Juifs étaient alignés avant d’être envoyés à la mort. C’était leur façon d’honorer leur mémoire.

Une délégation de Tsahal à  Auschwitz.

Une délégation de Tsahal à  Auschwitz.

J’ai pleuré. C’est à ce moment là que j’ai compris. Je savais avec certitude pourquoi j’étais là, pourquoi je servais au sein de l’armée d’Israël. L’histoire juive est faites de tentatives de nous exterminer. C’est une histoire pleine de beauté, d’espoir, d’amour et de joie mais c’est aussi une histoire faite de périodes sombres, marquées par le sceau de la haine. Je suis ici pour m’assurer que les leçons de mon grand-père perdurent, pour m’assurer que “Plus Jamais Ça” ne soit juste pas un slogan qu’on prononce durant Yom HaShoah, pour m’assurer que les Juifs où qu’ils vivent ne soient plus jamais menacés d’extermination. Moi, et chaque soldat de Tsahal, refusons que cela se reproduise. Nous aussi, comme mon grand-père, sommes indestructibles.

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