Humiliations, droits bafoués et atteintes aux libertés des Palestiniens : l’enquête qui brise les préjugés

Les points de passage et les points de contrôle de Tsahal en Judée-Samarie ont été la source de nombreux débats et de protestations dans le monde entier. Les médias internationaux n’ont toujours vu dans ces postes qu’un instrument d’atteinte à la liberté de mouvement des Palestiniens, de restriction des droits civils, de blocage de besoins humanitaires et ont été décrits comme inhumains. Qu’en est-il vraiment ? Combien de points de contrôle sont encore actifs ? Quels types de vérifications y fait-on ? Les Palestiniens peuvent-ils circuler librement ? Enquête sur le terrain.

Il faut d’abord distinguer les points de passage et les points de contrôle. Aujourd’hui, il existe une quinzaine de points de passage entre la Judée-Samarie et d’autres régions d’Israël que les Palestiniens peuvent utiliser. Certains sont destinés au passage de marchandises, d’autres au passage de populations. Les Palestiniens utilisent ceux-ci principalement pour des raisons humanitaires ou de commerce. A distinguer des points de passage, les points de contrôle sont placés aux endroits stratégiques du Commandement de la Région Centre et servent à maintenir le calme sécuritaire. Il y a aujourd’hui 12 points de contrôle utilisés seulement partiellement et non en continu, quelques heures par jour. Ils sont malheureusement toujours nécessaires. En 2012, il y a eu 475 tentatives de contrebande d’armes et 224 infiltrations.

Les points de contrôle – une nouvelle réalité

Le capitaine Barak Raz, porte-parole du Commandement de la Région Centre, qualifie la situation en Judée-Samarie de relativement stable. “Aujourd’hui, nous prenons en compte les incidents comme les jets de pierres qui peuvent être mortels. Nous avons aussi les ressources pour améliorer la sécurité routière. Il y a moins de dix ans, personne ne prenait ça en compte, il y avait un attentat terroriste chaque semaine et l’accent n’était pas mis sur la préventation des accidents de la route.

Capitaine Barak Raz

Capitaine Barak Raz

En effet, alors que 2012 fut la première année depuis 1973 au cours de laquelle aucun Israélien ne fut tué en Judée-Samarie, l’année 2002 comptait 47 attentats qui ont fait 452 morts.

Les points de contrôle ont donc été utilisés comme filtres aux attaques terroristes et les ont efficacement empêchées. Suites aux attentats-suicides de femmes et à l’utilisation d’ambulances à des fins terroristes, les vérifications de routine ont dû être intensifiées pour l’ensemble des passages, fait ouvertement critiqué par de nombreuses organisations.

Point de contrôle sur la route 443

Contrôle sur la route 443

Depuis 2007, suite à la construction de la barrière de sécurité, le nombre d’attentats-suicides a nettement baissé. Tsahal a alors décidé de retirer la grande majorité des points de contrôle en Judée-Samarie pour relancer un cycle positif, comme l’explique Barak Raz. “Les Palestiniens ont compris que la voie de la terreur ne les menait nulle part. Aujourd’hui, on peut expliquer ce calme relatif par trois points : la réduction de la présence militaire aux tâches de sécurité de routine, une stratégie efficace de contre-terrorisme et un intérêt économique évident pour les Palestiniens de préserver ce calme. En réduisant le nombre de points de contrôle, nous offrons une plus grande liberté de mouvement, ce qui améliore les conditions économiques qui finalement renforcent la situation sécuritaire”.

De 40 à 12 points de contrôle

Le nombre de points de contrôle dans le Commandement de la Région Centre est passé de 40 en juillet 2008 à 12 en octobre 2012. De plus, ces points de contrôle ne sont utilisés que partiellement et la fréquence des vérifications y est dépendante de la menace sécuritaire.

Barak Raz rappelle : “Malgré le calme, la volonté d’effectuer des attaques terroristes est toujours présente mais nous arrivons à mieux les contrer. Cela peut paraître paradoxal puisqu’il y a moins de points de contrôle. Nous utilisons en fait les 12 points dès que nous recevons l’alerte d’une menace imminente. Chaque voiture est alors contrôlée à tous les endroits. En moins de trente minutes, nous arrêtons les suspects et la situation revient à la normale.”

Liberté de mouvement

Il n’existe pas aujourd’hui en Judée-Samarie de routes principales reservées exclusivement aux véhicules israéliens. Rappellons que les véhicules palestiniens ne sont pas autorisés à sortir de Judée-Samarie vers d’autres régions d’Israël tout comme les véhicules israéliens sont interdit d’entrer sur les routes menant aux villages palestiniens des zones A. Seuls douze points de contrôles sont activés partiellement ainsi que plusieurs points de passage autour de la zone de Jérusalem

panneau d'interdiction d'entrée aux voitures israéliennes en zone autonome palestinienne

Panneau d’interdiction d’entrée aux voitures israéliennes en zone autonome palestinienne

Les routes principales reliant les villes palestiniennes, notamment la route 60, sont libres d’accès et les contrôles sécuritaires y sont inexistants. Un Palestinien peut voyager de Jénine à Béthléhem sans rencontrer un seul barrage militaire.

Raz rajoute : “Aujourd’hui, nous devons faire face à de plus en plus de problèmes de sécurité de la route. De nombreux habitants des villages palestiniens veulent raccorder leur maisons par des routes de terre directement aux routes departementales au lieu d’utiliser d’autres chemins bétonnés. C’est un danger, pour les conducteurs israéliens et palestiniens. Les accidents de la route sont la première cause de mort des Palestiniens aujourd’hui en Judée-Samarie. Pour contrer cela, nous installons des obstacles, des barrières jaunes pour empêcher l’accès aux voitures.

Les points de passage – un contrôle comme tous les autres

Ce sont les principaux points d’entrée depuis la Judée-Samarie vers les autres régions d’Israël. Certains passages sont destinés aux transfert de marchandises, comme celui de Bitounya, où les marchandises sont inspectées et transférées.

Il existe ensuite les points de passage pour la population palestinienne comme celui de Hashmonaim ou de Qalandiya. Beaucoup de critiques ont été émises sur ces points de passage : violation des droits de l’homme, humiliations…

Tout d’abord, qui est autorisé à entrer et qui ne l’est pas ? Chaque Palestinien désireux de visiter sa famille ou travailler en Israël doit contacter les bureaux de l’unité de Coordination des Activités Gouvernementales dans les Territoires (CAGT). Le chef du département des points de passage de Judée-Samarie explique : “Notre rôle est d’assurer la sécurité de chaque civil palestinien, qu’il ait une liberté de mouvement et accès à l’économie.” La procédure pour obtenir une autorisation d’entrée a deux étapes : “Il faut d’abord se procurer une carte biométrique auprès d’un des 31 bureaux du CAGT. Il suffit d’amener un formulaire rempli avec des timbres, 130 shekeks (environ 27 euros) et vous recevez la carte en moins de 5 minutes, valable pour 4 ans. Le coût de la carte sert simplement à couvrir les frais de production. Je rappelle que ces cartes sont utilisées dans l’unique but de reconnaitre les Palestiniens souhaitant entrer les différentes régions d’Israël. Ces cartes biométriques, utilisées depuis 2004, permettent de réduire de 70% le temps de passage d’un seul individu. Il s’agit simplement d’une réduction de temps de quelques secondes par personne mais multipliez cela par 3000 chaque jour, comme le nombre de personnes au passage d’Eyal, et vous réduisez facilement d’une heure ou plus le temps d’attente.

Pour obtenir ensuite l’autorisation de passage, chaque individu doit faire la demande auprès des bureaux de coordination palestiniens qui envoient la demande aux autorités israéliennes. Si le cas ne requiert pas une vérification sécuritaire approfondie – ce qui représente la majorité des cas – l’autorisation est délivrée en 24 heures. Si la vérification est nécessaire, l’autorisation est délivrée dans un maximum de sept jours.”

Il existe 74 types d’autorisation qui varient selon le type d’activité et la durée de l’autorisation. Les deux types les plus demandés sont les autorisations d’entrée de type humanitaire et pour le commerce. “En 2012, il y a eu 9,4 millions d’entrées dans tous les points de passage. Ce chiffre est en hausse constante depuis 2010”.

Une fois l’autorisation émise, quelle est la procédure au sein des points de passages ?

C’est finalement assez simple et semblable aux contrôle de sécurité des aéroports ou de chaque station de train israélienne. Chaque personne doit d’abord passer par un détecteur d’objet magnétique et faire passer son baggage par un scanner. A ce niveau, il n’y a aucune friction avec des soldats. Une personne entrant dans une station de train de Tel Aviv passe le même type de vérification, qu’il soit israélien, français ou américain. Des soldats supervisent le tout dans une salle de contrôle isolée et peuvent communiquer via des intercom.

A gauche, le passage de Hashmonaim. A droite, la gare centrale de Tel-Aviv

A gauche, le passage de Hashmonaim. A droite, la principale gare de Tel Aviv

Après cela, chaque personne présente sa carte reçue par le CAGT et l’empreinte digitale d’un doigt, un soldat vérifie ensuite devant son écran que l’autorisation est en ordre et la laisse entrer. Lorsque cette même personne rentre le soir chez elle, il lui suffit de passer sa carte magnétique dans un scanner et passer à travers un carrousel.

Vérification d'identité au passage de Hashmonaim

Vérification d’identité au passage de Hashmonaim

Si tout se passe bien, il n’y a donc aucun contact entre les Palestiniens et les soldats israéliens. Toute cette procédure prend 5 minutes une fois commencée. Certains points de passages sont cependant très utilisés et les files d’attente sont parfois longues. 15 000 personnes utilisent en moyenne chaque jour le seul passage de Qalandiya. La plupart des Palestiniens se présentent dans un laps de temps de trois à quatre heures dans la matinée. A titre de comparaison, environ 35 000 personnes traversent l’aéroport international Ben-Gourion tous les jours. Il n’est donc pas étonnant de voir des files d’attente relativement longues comme l’on peut en trouver dans les aéroports internationaux.

A gauche, sortie du passage de Hashmonaim. A droite, sortie de la gare centrale de Tel Aviv

A gauche, sortie du passage de Hashmonaim. A droite, sortie de principale gare de Tel Aviv

Idan Sarid, commandant de la police militaire et responsable de plusieurs points de passage explique : “Nous sommes en bon contact avec les Palestiniens qui passent régulièrement ici. Il n’y a aujourd’hui plus de fouille personnelle dans les points de passage ce qui est plus agréable pour eux comme pour nous. L’armée investit dans ces passages pour qu’ils soient le plus efficaces et le plus agréables possible. Ici au passage de Hashmonaim, nous allons agrandir l’espace d’attente couvert pour les jours de pluie.

475 tentatives de contrebande d’armes

Les différents points de passage et points de contrôles restent un rempart efficace pour arrêter la contrebande d’armes et le passage de travailleurs illégaux. On dénombre pour l’année 2012 475 tentatives de contrebande d’armes en territoire israélien et 1 147 tentatives d’entrées illégales par le biais de fausses cartes d’identité. La police militaire et les agents du ministère de la Défense, responsables des points de passage, ont mis en échec de nombreuses tentatives d’attentats et arrêté des dizaines de personnes en possession de cocktails Molotov. Récemment, le 30 avril 2013, un civil israélien de 31 ans a été poignardé à mort au carrefour ‘Tapuah’, au croisement des routes 60 et 505. Si la situation est meilleure que par le passé, la présence de ces points de contrôle reste nécessaire, ces chiffres en sont la preuve.

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Explosifs et armes saisis à un point de contrôle

Tsahal n’enfreit en rien la liberté de mouvement de la population palestinienne.  Les points de passage, contrairement aux idées répandues, sont rapides et efficaces. Chaque Palestinien souhaitant les utiliser est traité comme un passager de l’aéroport international Ben-Gourion. Malgré les menaces d’infiltrations illégales et terroristes, la volonté de Tsahal est de maintenir ces conditions pour le bien-être de la population.

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