Photo publiée le 25 janvier par l’AFP : interview du Lieutenant Liron Hamo responsable des soldats accusés à tort

Entretien avec un des officiers de la force de Tsahal déployée à Hébron le 25 janvier dernier présent lorsque “l’incident” a été immortalisé par le photographe de l’AFP. Une interview sans tabous, pour éclaircir les zones d’ombres qui entourent l’évènement.

Source : AFP ; Photographe : Hazem Bader

25/01/2012, Hébron– Un Palestinien couché sous un tracteur, se tord de douleur et hurle qu’un soldat israélien vient de lui rouler dessus. En réalité, ce tracteur n’a jamais bougé et aucun Israélien n’en a pris les commandes. Un photographe de l’AFP, Hazem Bader, photographie la scène, et décrit dans la légende de la photo les souffrances de l’homme. Deux infirmiers, l’un d’entre eux militaire et l’autre appartenant au Croissant-Rouge, ne trouvent aucun signe de lésions.

Ce jour-là, les soldats du SMP sont déployés sur la zone où la photo de l’AFP a été prise. Ils sont là dans le cadre d’une mission de l’Administration Civile. Le lieutenant Liron Hamo explique, en choisissant ses mots et avec des phrases précises, le déroulement de la scène. Ses dires concordent avec l’avis donné par l’urgentiste du Croissant-rouge après l’examen de la “victime” : le Palestinien de la photo n’a jamais été blessé par la mise en route d’un tracteur après qu’il s’est  volontairement jeté sous ses roues. Le tracteur n’a pas bougé. Les soldats n’ont pas pu le blesser.

“Le moteur était éteint”

La scène se passe à Hébron, depuis quelques temps, un groupe de Palestiniens a entrepris et débuté la construction d’une maison sans aucune autorisation officielle et donc de manière illégale.

A plusieurs reprises, l’administration civile, organe administratif et militaire israélien en charge de cette région,  a rappellé aux Palestiniens qu’il leur est interdit de poursuivre les travaux et qu’ils doivent remettre leur matériel par le biais de lettres recommandées. Ces mises en gardes ont été systématiquement ignorées.

« J’ai reçu un message de l’administration civile me demandant de mobiliser quelques-uns de mes soldats pour aller directement à la rencontre du groupe de Palestiniens en question. Nous étions venus pour discuter, pas pour nous battre ou échauffer les esprits .»

Pendant près de trente minutes, les soldats rappellent aux groupe de Palestiniens que ce qu’ils font est illégal. Après s’être heurtés à un refus initial de coopérer, ils finissent par accepter de remettre une partie du matériel utilisé pour les travaux aux soldats.

«J’avais remarqué que l’un des hommes avec qui nous discutions au départ avait changé d’attitude.  J’ai senti qu’il cherchait d’autres moyens de se faire entendre et d’attirer l’attention. Le ton est un peu monté, et il est devenu plus violent en signe de provocation. »

Voyant que ses arguments ne parviennent vraisemblablement pas à convaincre les soldats de l’administration civile, l’homme en question s’élance alors vers un tracteur immobile, situé à quelques mètres des soldats, et se jette sous ses roues.

« Le tracteur ne bougeait pas, et le moteur était éteint », précise le lieutenant Liron Hamo, « il ne faisait aucun doute, pour tous ceux qui assistaient à la scène qu’il s’agissait d’une manœuvre de provocation.»

Puisqu’en plus des soldats israéliens, une trentaine de journalistes et cameramen internationaux ainsi qu’une trentaine de Palestiniens s’étaient rassemblés à l’arrivée des soldats israéliens sur la zone.

« L’homme hurlait de douleur et nous accusait de lui avoir roulé dessus. »

Face aux cris de “douleur” de l’ouvrier palestinien à terre, le lieutenant Hamo dégage ses soldats et sécurise un périmètre dont il éloigne le groupe de journalistes et l’attroupement d’hommes palestiniens qui se forme.

« Les journalistes n’en perdaient pas une miette, et ils filmaient l’évènement, j’étais stupéfait. »

« Mon premier réflexe face aux cris du Palestinien toujours cloué au sol est d’appeler l’urgentiste de mon unité afin qu’il l’examine. »

Après quelques minutes, l’urgentiste de Tsahal conclut que la blessure  du Palestinien à la jambe est antérieure et qu’il n’a pas été blessé par les mouvements du tracteur. En fait, il confirme ce que tous les gens présents ont vu.

“Ce n’est pas la première fois”

Le lieutenant Liron Hamo nous confie que ce n’est pas la première fois qu’il est confronté avec ses soldats à ce type de mises en scène cynique et grotesque.

« Nous opérons souvent dans la région et nous sommes habitués à ces provocations. Souvent, des groupes de Palestiniens cherchent par tous les moyens à nous pousser vers la violence, mais nous ne cédons pas à leurs provocations. Certains ont des intentions malhonnêtes, et simulent tout simplement pour une hypothétique caméra. »

Il décide donc de faire appel à une ambulance palestinienne pour obtenir un deuxième avis.

« L’ambulance palestinienne ne serait jamais arrivée là si nous ne l’avions pas appelée. » Et de préciser encore. « Aucun journaliste ou Palestinien qui assistait à la scène n’a eu la présence d’esprit de faire appel à une équipe médicale pour examiner le soit-disant-blessé. »

L’ambulancier palestinien, arrivé à bord d’une ambulance du Croissant-Rouge, dont les équipes opèrent dans les villes palestiniennes de Judée-Samarie, aboutit aux mêmes conclusions et confirme la version de l’urgentiste de Tsahal.

Pendant ce temps, les photographes et les cameramen continuent de filmer la scène. Ces films, contrairement à la photo de l’AFP, n’ont pas été diffusés.

« Pour preuve, si nous avions blessé l’homme en lui roulant dessus, les différents cameramen présents sur les lieux auraient diffusé dans le monde entier des films de la scène. Un film est bien plus impressionnant que des clichés isolés.  Les photos en revanche, sélectionnées sur le tas, portent a confusion. »

Voyant la tournure que prennent les évènements, les soldats israéliens préfèrent plier bagages sans avoir récupéré l’ensemble du matériel de construction qu’ils étaient venus chercher.

Que s’est-il passé ?

La légende de la photo publiée par l’AFP accuse les soldats israéliens d’avoir écrasé les jambes de l’homme à l’aide d’une remorque attachée au tracteur alors que celui-ci s’opposait au travail des soldats.

Elle ajoute que le village se trouve en zone C, “dans laquelle Israël empêche les Palestiniens de construire sur leur terres”. Cette zone, telle que décidé dans le cadre des accords d’Oslo signé en 1993 par Yasser Arafat et le premier ministre israélien Yitshak Rabin, est sous contrôle et administration israélienne. Les permis de construire doivent y être préalablement demandés à l’Administration Civile qui opère en Judée-Samarie et délivre les permis de construire à la population. C’est l’Administration Civile qui avait envoyé sur place ces soldats.

Sont-ils les brutes décrites par la légende de la photo AFP?

Les soldats au second plan ont leurs armes en bandoulière, et ne sont pas en état d’alerte: leurs fusils sont dans le dos, et pendent vers le sol. Cette attitude n’est pas celle d’un soldat aux aguets, prêt à tout moment à utiliser son arme pour dissuader des suspects qui menaceraient sa sécurité. Le lieutenant Hamo nous confirme que les soldats ont été surpris par la tournure des évènement.

« Nous étions très calmes et n’avions pas l’intention d’utiliser nos armes ! »

L’Administration Civile fait régulièrement appel à des soldats opérant dans la région pour gérer des situations complexes en allant à la rencontre de la population locale.

« Notre rôle est de protéger tous les habitants de la région, Israéliens comme Palestiniens. D’ailleurs, le premier infirmier à avoir examiné l’homme de la photo était un soldat urgentiste de Tsahal dont le diagnostique a été confirmé par un deuxième urgentiste palestinien du Croissant-rouge. Je les ai personnellement tous les deux appelés à se rendre sur les lieux.»



Partager: