Autoportrait d’un héros : extraits des lettres de Yoni Netanyahu

Grandes Figures de Tsahal > Yoni Netanyahu

Les lettres de Yoni Netanyahu ont été publiées par ses frères Iddo et Benjamin sous le titre « Les lettres de Yoni Netanyahu – Le commandant de l’opération Entebbe » et traduites en français par Claire Darmon. Elles dressent le portrait d’un héros. En voici quelques extraits.

Début janvier 1963, Yoni et ses deux frères se rendirent aux États-Unis avec leurs parents, Ben Zion et Tsila Netanyahu.

28 mars 1963

Voici presque trois mois que je suis arrivé en Amérique. J’étudie dans une école très agréable. Presque tout le monde me connaît comme « the boy from Israël », mais en vérité, je n’ai ici aucun ami. Non pas qu’ils n’acceptent pas les étrangers (au contraire, ils recherchent notre compagnie), mais je garde mes distances. Ce n’est pas que je ne les supporte pas, mais je sens que j’appartiens à un autre monde. Je suis loin d’eux et la distance ne se réduit pas avec le temps, au contraire. Il n’y a pas ici un instant, serait-ce l’instant le plus précieux et le plus beau que je ne sois prêt à échanger contre un retour immédiat en Israël. Les copains d’Israël, la société et plus que tout, le pays lui-même, me manquent beaucoup-beaucoup (…).

Et je voudrais revenir, revenir, revenir… et le mot ne cesse de resurgir et de resurgir et de resurgir… sans fin, sans espoir et toujours me ronge, me transperce et me blesse.

En juillet 1964, Yoni retourna en Israël pour y effectuer son service militaire, tandis que ses parents et ses frères, plus jeunes que lui, demeuraient aux États-Unis.

11 septembre 1964

Papa, maman, Bibi et Iddo bien-aimés,

Hier, cela faisait juste un mois que j’étais à l’armée. Maintenant, je sais enfin ce qu’est « la vie dure », bien que tout le monde prétende que ce ne soit encore rien par rapport à ce qui suivra. Les samedis au camp sont plutôt des jours de repos et j’ai donc le temps de m’asseoir pour écrire. Il est probable qu’on aura un appel dans dix minutes et je devrai donc cesser d’écrire.

Donc, lorsque je suis revenu de permission après Roch Hachanah, ils ont décidé que c’était le moment de commencer « à frapper » et depuis, nous sommes sur pied jour et nuit. Hier, c’était la pire journée. On a eu des entraînements sans interruption tout au long de la journée. Le soir, tout le monde était complètement brisé et aspirait à un bon repos bien long (c’est-à-dire de 4-5 heures). Nous pensions bien le mériter après un tel épuisement physique. Les officiers n’étaient apparemment pas de cet avis, puisque tout de suite après le dîner, les entraînements nocturnes ont commencé et ils ont duré plusieurs heures (on dîne entre 6 et 7 heures). Après l’entraînement, nous espérions bien dormir lorsqu’on a annoncé une marche rapide de 8 kilomètres. Pour que ce soit bien clair, c’est la chose la plus terrible qui soit à l’armée, et c’est bien plus difficile que n’importe quelle course, parce qu’il n’y a aucun rythme dans ce genre de marche. On commence à une allure démentielle pour rattraper les autres sans créer d’espacements. Celui qui en est capable est placé en avant et s’il peut conserver le rythme tout le temps, son sort s’améliore encore puisqu’il n’est plus obligé de courir et de combler les espaces laissés par les retardataires. Jusqu’à présent, je n’ai eu aucun problème et je suis persuadé qu’il en sera toujours ainsi à l’avenir. Vraiment, je suis tout à fait capable de remplir toutes les exigences mieux que la plupart de ceux qui se trouvent ici.

Après sa démobilisation, Yoni décida de repousser de quelques mois son voyage aux États-Unis où il devait effectuer ses études. Entre-temps éclata la guerre des Six jours. En tant qu’officier de réserve des parachutistes de l’unité 80, Yoni participa aux combats de percée à Oum Katef et à la conquête des Hauteurs du Golan (à Darabachia et Djelebnia). Quatre heures avant la fin de la guerre, Yoni fut grièvement blessé au coude par des balles syriennes tirées de la position de Djelebnia.

 [Safed], 12 juin 1967

Maman, papa et Iddo bien-aimés,

La guerre est finie ! Tant de joie mêlée de tristesse nous submerge tous. C’est bien que ce soit calme maintenant. Ce n’est pas drôle de courir entre les balles qui sifflent et les obus qui explosent, de livrer combat et d’être attaqué sans cesse. J’écoute en ce moment de la musique douce, et Touti est à côté de moi. J’ai reçu une balle dans le coude mais ne vous effrayez pas.

Le 6 octobre 1973, jour de Kippour qui est le jour le plus saint de l’année juive, l’Égypte et la Syrie lancèrent simultanément une attaque surprise contre Israël. Totalement pris de court, Israël se retrouva confronté à la plus grave menace qu’il ait connue depuis 1948. Des troupes très insuffisantes en nombre et en matériel, réussirent dans le Golan et dans le Sinaï, à maintenir la ligne de front contre l’invasion des armées arabes. Tandis qu’Israël mobilisait ses réservistes et envoyait d’urgence des renforts sur les différents fronts, le cours de la bataille, d’abord stabilisé, prit une autre allure.

Lors du déclenchement de la guerre, Yoni commandait une partie de son unité sur le plateau du Golan. Voici une description de la bataille à laquelle prirent part Yoni et ses hommes le second jour de la guerre :

« Nous avions repéré l’atterrissage de commandos syriens près de Nafah (QG de Tsahal sur le plateau du Golan) lorsqu’on nous informa que nous étions en fait la dernière force à défendre l’endroit. Nous nous sommes rapidement rendus à l’endroit repéré. Nous étions sur la route à chercher l’ennemi, lorsque soudain, un feu nourri a été tiré en notre direction, tuant l’un de nos officiers. Les Syriens nous avaient attrapés très facilement, eux-mêmes étant à l’abri alors que nous étions à découvert. À ce moment, il fallait que quelqu’un donne des ordres clairs ; autrement, la situation aurait pu être dramatique. Il n’y avait pas eu beaucoup de tirs après ce premier barrage de feu, et on avait l’impression d’attendre que quelqu’un fasse quelque chose. Moi, je me souviens qu’alors, j’ai commencé à avoir peur. Très peur. Ce que j’ai vu alors, je m’en souviendrai toute ma vie : j’ai vu soudain Yoni se lever tranquillement, comme si de rien n’était. D’un geste de la main, il a fait signe aux hommes de se lever. Ils étaient tous couchés derrière un abri et il s’est avancé comme s’il s’agissait d’un exercice de tir. Il marchait debout, distribuant des ordres à droite et à gauche. Je me souviens alors de ce que j’ai pensé, moi son soldat : diable, s’il fait cela, je n’abandonne pas ! Je me suis levé et je me suis mis à tirer ». (d’après les souvenirs d’un officier).

Le second de Yoni, qui fut plus tard son second à Entebbe se souvient également : « Dès qu’ils ont ouvert le feu sur nous, Yoni a mené une bataille comme je n’en ai jamais connues, même dans les livres…»



Partager: